FS : Certains croient que la Révolution islamiste iranienne a eu simplement pour but de renvoyer les femmes au foyer et à la tradition, mais vous expliquez qu’il ne s’agissait pas juste d’une régression, mais d’un projet « moderne » de mobiliser les aspirations féminines à l’émancipation pour la construction d’une société islamique. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi il ne s’agissait pas d’un projet purement réactionnaire et nous parler de votre concept de « modernité mutilée » ?

Chahla Chafiq, sociologue, interroge l’islamisme sous l’angle du rapport entre le religieux, le politique, le sexe et le genre. Dès qu’une femme se voile, dit-elle, ce geste banalise un signe sexuel et symbolise une féminité soumise au regard de l’homme. La condition des femmes questionne radicalement le système social et politique, défend-elle.

La polémique sur le burkini a occupé l’espace médiatique tout le mois d’août. Outre la question de l’interdiction de ce maillot de bain intégral, de la médiatisation du phénomène, la polémique a aussi posé la question de la place de la femme dans l’espace public. Comme le voile, le maillot de bain intégral a donc poussé des militantes des droits de la femme à se questionner, se positionner, et toutes n'ont pas eu la même réponse.

Certains matins, j’ouvre les yeux avec l’envie de relire un livre précis, d’y retrouver des mots qui me prennent par la main pour me sortir d’une impasse où d’autres mots m’ont poussée.

Ce matin, c’est le "Deuxième sexe" de Simone de Beauvoir. Écrit dans les années 1940. Publié en 1949. De nombreux changements sont survenus depuis. Pourtant, si l’autrice revenait, comme par magie, elle pourrait réécrire les mêmes mots et apporter un peu d’air frais dans l’ambiance confuse que la polémique sur le burkini a engendrée, même entre féministes.

Une auto ecole à Villefranche-sur-Saône fait polémique. L'établissement, qui doit ouvrir la semaine prochaine propose effectivement une salle de code dédiée aux femmes afin de repondre à une forte demande selon la gérante, qui se défend de tout prosélytisme. Une initative qui intervient pourtant dans un contexte sociétal particulièrement tendu entre les amalgames après les attentats et la polémique sur le burkini. Bernard Perrut, député-maire de Villefranche a rappelé que la mixité devait étre respectée dans les lieux publics.

L’été est là. Il m’invite à des promenades ensoleillées. Il est temps d’offrir à mon corps le plaisir des habits légers, à ma peau les caresses de l’air doux.

La brise me berce et me ramène, hélas, un cauchemar.

Je retire une fléchette métallique de ma jambe

De nouveaux plans de massacres djihadistes en France, sans armes à feu, mettent en scène l’imagination funeste de leurs auteurs. Leur monstruosité interroge sur l’état psychique des assassins. Des données sur l’auteur du massacre de Nice révèlent un homme fortement perturbé et facilement violent. Il apparaît aussi qu’il ne respectait pas les interdits religieux et semblait donner libre cours à ses désirs sexuels sans se soucier du licite et de l’illicite. Ce n’est que récemment que ses propos ont trahi une tendance islamiste.

Pouvez-vous présenter votre parcours personnel et vos travaux ?

Je suis née et j’ai grandi en Iran. En 1979, j’étais une étudiante très active dans un groupe de la gauche radicale et indépendante. J’ai participé à la révolution antidictatoriale iranienne. Puis, j’ai rapidement fait partie de celles et ceux qui se sont opposés à l’arrivée des islamistes au pouvoir. Pour cette raison, j’ai été poursuivie par la police politique du nouveau régime. J’ai été contrainte à l’exil et j’ai trouvé refuge en France en 1982.

Il faut se garder de prétendre qu'on peut atteindre l'égalité des femmes par le religieux. Lorsque la religion devient la loi, c'est toujours la femme qui en pâtit. Dès lors qu'il lui est imposé de porter le voile ou de restreindre ses libertés, comment pourrait-elle s'émanciper ?

Les scènes de violences sexuelles perpétrées le soir du réveillon en Allemagne, en Autriche, en Suisse, en Finlande relèvent à la fois du déjà-vu et du jamais vu. L’effrayante blessure des femmes ciblées par ces groupes d’hommes est assurément de la même nature que celle des femmes agressées collectivement place Tahrir en 2011.

La majeure partie des droits des femmes n’aurait pu être acquis sans une loi civile émancipée de l’emprise patriarcale sacralisée au nom de dieu.

Au soir du 13 novembre, Paris fut la scène « métaphorique » d’une cérémonie sacrificielle au seigneur de la mort. Les explosions et les fusillades orchestrées au Stade de France, dans les cafés et restaurants du Petit Cambodge, du Carillon, de la Belle Équipe, de Casa Nostra retentissaient comme des percussions, accompagnant la symphonie macabre qui se jouait au Bataclan.

Quel est votre avis sur la situation des populations en Iraq ?

Aujourd’hui, les populations d’Iraq, les femmes en premier lieu, paient un lourd tribut. Daech est un monstre accouché dans le sang de multiples guerres (Iran-Iraq, intervention américaine) qui n’ont fait qu’aggraver les conflits sunnites/chiites, conflits auxquels ont aussi contribué les intrigues politiques de la République islamique d’Iran. 

Les femmes dans l'Islam

Débat animé par Stéphanie Duncan, avec Ghaleb Ben Cheikh, philosophe, théologien de l'islam, président de la conférence mondiale des religions pour la paix, Chahla Chafiq, écrivaine, sociologue, et Virginie Larousse, rédactrice en chef du Monde des Religions. Ecouter l'émission sur le site de France Inter.

Ecouter l'émission sur le site de France Culture ou bien ici :

L'une de ses nouvelles, publiée en 2005, raconte « la terreur qu'inspirent les foules fanatisées quand elles déversent leur haine sur deux jeunes femmes qui viennent de quitter une manifestation ». La haine, la terreur, le fanatisme, Chahla Chafiq connaît. Et les femmes, bien plus encore.

A la recherche du profil type des jeunes djihadistes, les experts se heurtent à des contradictions et zigzaguent au gré de l'actualité.

A trop se focaliser sur le djihadisme, le débat se détourne des processus de réislamisation idéologique en cours depuis les années 1990, en France et en Europe, et banalise le phénomène de l'islamisme, dont le djihadisme est pourtant l'une des facettes. L'islamisme, à distinguer tout autant des pratiques individuelles et séculières de l'islam que des diverses pratiques traditionnelles, travestit la religion en une idéologie à caractère totalitaire qui explique tout, répond à toutes les incertitudes et définit l'ordre auquel il faut se soumettre.

Pour Chahla Chafiq, l'extrémisme religieux ou politique s'engouffre dans un vide idéologique et s'alimente de la domination masculine. Pour faire face, il ne faut pas réitérer les erreurs des années 90, prévient l'écrivaine et sociologue d'origine iranienne, auteure notamment de "Islam politique, sexe et genre" et d'une étude sur la radicalisation des jeunes. Entretien.

Les jours d'après (4/5) : Chahla Chafiq et Thierry Hoquet

Quatrième réflexion autour des jours d'après.
Aujourd'hui, nous analysons l'imagerie du soldat et les représentations de la virilité, véhiculée par les vidéos d'embrigadement au Djihad, les images télévisées des attentats, et les images produites par les terroristes eux-mêmes. Avec le philosophe Thierry Hoquet et l'auteure et sociologue Chahla Chafiq.

En Iran, malgré les millions dépensés par les islamistes au pouvoir pour la propagande pro-voile et l'application des châtiments en cas de port du « mauvais voile » (à savoir, le port du voile de manière non-conforme aux règles imposant de se couvrir intégralement les cheveux et le cou, le tout assorti de vêtements qui cachent le corps), la résistance des femmes ne cesse de se développer.

Lors des protestations contre le mariage pour tous et l’apprentissage de l’égalité à l’école, nous assistons à une cristallisation visible de la conjonction entre des personnes et groupes se revendiquant de l’islam, de chrétiens conservateurs, voire intégristes, et de l’extrême droite. Cette alliance étonne dans la mesure où l’extrême droite, dans son recyclage des vieilles idées xénophobes et dans sa crispation sur l’identité nationale, cible les musulmans en France comme la source d’une menace identitaire.

Après le 8 mars, le féminisme islamique fait encore parler de lui et couler de l’encre. Des colloques sont organisés pour le promouvoir ; des tribunes sont écrites pour le faire découvrir. Une réflexion critique doit cependant être menée, tant ce sujet semble facilement conquérir les esprits, cherchant à sortir des images stéréotypées de l’islam et des musulman(e)s. Des questions souvent posées à ce propos traduisent cet espoir.

Lauréate du prix Sakharov 2012 du Parlement européen, remis en octobre dernier, Nasrine Sotoudeh, avocate iranienne et militante infatigable des droits humains et de la liberté des femmes, également connue pour avoir défendu plusieurs prisonnier-e-s politiques, connaît elle-même la prison politique depuis le 4 septembre 2010. Elle purge actuellement une peine de 6 ans d’emprisonnement en raison de ses activités humanistes.

Ne faudrait-il pas définir des lignes rouges pour prévenir les violences et favoriser la tolérance religieuse ? Ne faudrait-il pas combattre les actes injurieux contre les religions et les croyances pour encourager le vivre-ensemble dans la paix ?

Aujourd’hui sort en salles Ceci n’est pas un film, de Jafar Panahi et Mojtaba Mirtahmasb. Cet essai documentaire iranien sort en France mais en Iran, il porte bien son nom : « ceci n’est pas un film », la censure sévit, l’interdit et avait avant cela condamné Jafar Panahi rappelons-le en décembre dernier à six ans de prison et 20 ans d’interdiction de travailler. Il est assigné à résidence, a réalisé ce film dans son appartement, et l’a exporté clandestinement par clé USB jusqu’à sa présentation à Cannes au printemps dernier, en l’absence de son réalisateur.

Interroger le voile, c’est ouvrir la discussion sur le rapport de l’islam à la politique, à l’Occident, à lui-même, au sexe et au genre. Invitée par Abdelwahab Meddeb à son émission Cultures d’islam sur France Culture, je m’empare de ces questions à partir de la révolution qui a fondé, dans mon pays, la république islamique et démontre que l’islamisme est une idéologie totalitaire moderne qui se dresse contre la modernité démocratique.

Le persan, ma langue maternelle, ne connaît pas de règles grammaticales relatives au féminin et au masculin : l’adjectif, l’article et le pronom n’existent qu’au neutre. Mais, rassurez-vous, dans cette belle langue qui berce une magnifique poésie, il existe des phénomènes langagiers qui reflètent et propagent tout autant le sexisme et la domination masculine. Et la littérature persane, si belle soit-elle, n’est pas vaccinée contre la misogynie. 

Les révoltes populaires qui ébranlent aujourd’hui les pays dits arabo-musulman, poussent au-devant de la scène les revendications de liberté, de justice sociale et de démocratie.

Mercredi 17 novembre 2010, le jury du Prix Le Monde de la recherche universitaire a récompensé ma thèse sur : « Islamisme et société : religieux, politique, sexe et genre. A la lumière de l’expérience iranienne ».

L’affaire Sakineh s’inscrit-elle dans le cadre d’une régression des droits des femmes ?

Chahla Chafiq. Le retentissement international de l’affaire de la lapidation de Sakineh a mis en lumière une situation qui dure depuis des années. Le Brésil dit vouloir accorder l’asile à cette femme mais ne réfléchit pas sur les causes d’une telle condamnation. Si les droits des femmes ne sont jamais respectés en Iran, c’est que la loi islamique est en vigueur.

Entretien avec l'écrivaine Chahla Chafiq qui, à partir de l'expérience iranienne, revient sur le lien entre laïcité, droits humains et démocratie. 

De l’étranger, la facette la plus fascinante des protestations massives qui, depuis six mois, ne cessent d’ébranler l’ordre établi en Iran, réside dans leur caractère pacifique. Le silence des centaines de milliers de personnes qui ont marché dans les rues de la capitale pour contester les fraudes électorales, criait leur désir ardent de citoyenneté, entièrement bafouée par le système du « Velayat Fagih » (règne du guide religieux suprême).

La diffusion d’une photo, en voile, de Majid Tavakoli, membre actif du mouvement étudiant, a déclenché une campagne de jeunes hommes voilés. En diffusant l’image de cet étudiant arrêté le 7 décembre 2009, à côté de la photo retouchée de Bani Sadr qui, dit-on, aurait fui le pays en vêtements de femme, les agents de la République islamique veulent mépriser les opposants. À ce mépris, des dizaines de jeunes hommes ont répondu en publiant leur photo voilée sur les blogs et des clips sur Youtube pour manifester leur solidarité envers Majid et lancer, en même temps, un défi politico-culturel sans précédent à la République islamique.

Jeudi 10 décembre 2009, à l’occasion du 104e anniversaire de la loi de 1905, le Cercle Condorcet de Seine-Saint-Denis organisait une conférence-débat lors de laquelle l’écrivaine Chahla Chafiq a insisté sur le lien indissociable entre la laïcité et les droits des femmes.

Réalisé par Thalia Breton pour Osez le féminisme !

Est-ce que vous pouvez nous parler du mouvement féministe iranien et de ses différences avec le féminisme en France ?

Réalisé par Sarah Morsi (Diplômée de l'IEP de Paris en 2008, stagiaire à l'IRD de Sanaa - Yémen), pour la revue Averroès.

En quoi la représentation du corps de la femme en terres d’islam est-elle plusproblématique qu’en Occident ?

Le 19 juin, dans un discours menaçant lors de la prière collective du vendredi, l’ayatollah Khamenei, Guide suprême, ordonne au peuple contestataire de ne plus descendre dans la rue et de ne plus se joindre aux manifestations massives qui avaient lieu depuis cinq jours. Le même jour, une jeune bloggeuse écrit : «Demain, j’irai à la manif. Ce sera peut-être violent. Je serai peut-être parmi les prochaines personnes tuées.»

Dans son discours attendu pour la prière collective du vendredi 20 juin, après 5 jours de manifestations massives contre les fraudes électorales, l’ayatollah Khamenei, Guide suprême religieux, ordonne au peuple de cesser ses protestations dans les rues et, encouragé par les cris du peuple Hezbollah, le menace de sévères représailles, en cas de poursuite des contestations.

Conférence-débat organisée par la ligue des droits de l'Homme de l'université de Paris I Panthéon-Sorbonne sur la situation des jeunes Baha'is privés d'éducation en Iran .