Il faut se garder de prétendre qu'on peut atteindre l'égalité des femmes par le religieux. Lorsque la religion devient la loi, c'est toujours la femme qui en pâtit. Dès lors qu'il lui est imposé de porter le voile ou de restreindre ses libertés, comment pourrait-elle s'émanciper ?

Les féministes islamiques revendiquent le droit de porter le voile comme geste politique, identitaire ou religieux. Mais si porter le voile est s'élever soi-même, pourquoi, alors, les hommes ne le portent-ils pas? Eux doivent porter la barbe, symbole et marquage de virilité. La femme, elle, doit cacher sa peau et ses cheveux longs. En fin de compte, on en arrive toujours au corps des femmes comme lieu de toutes les tentations.

Le féminisme est un projet politique qui vise à changer le modèle social et sociétal actuel. Comment réussir à accomplir ce projet par la loi religieuse ou même la spiritualité? Il faut faire attention aux récupérations à des fins politiques du terme «féminisme». L'islam politique, soit l'établissement d'un Etat fondé sur les principes de l'islam, ne pourra jamais être un modèle démocratique favorable aux libertés individuelles, et a fortiori à celles des femmes. La religion doit rester une affaire privée, pas une loi qu'on impose aux autres. Et la seule manière d'empêcher les lois édictées par les autorités religieuses, c'est la laïcité.

Je peux tout à fait concevoir le fait d'avoir la foi et je suis, dès lors, favorable au concept de musulman(e)s féministes. Mais lorsqu'on parle de féminisme musulman et/ou islamique, on essentialise le fait d'être musulman avant tout. On en fait une identité globale, comme s'il n'existait qu'une seule façon d'être musulman, une seule façon de pratiquer l'islam.

Or, il existe des musulmans sunnites, wahhabites, chiites, soufis, etc., avec des pratiques bien différentes d'un pays à l'autre, d'un peuple à l'autre, d'une histoire à l'autre. Comme il n'y a pas une seule façon d'être femme ou d'être féministe.

Le concept de féminisme musulman revient à créer des particularités, des sous-catégories. Et, au fond, à diviser un peu plus. Comme s'il s'agissait de créer deux féminismes: celui, prétendument «blanc», «occidental», «athée», contre le «monde arabo-musulman», prétendument uni.

Chahla Chafiq

Publié dans L'Obs